6 sept, Lc 5, 33-39 : On disait un jour à Jésus…!

 In Méditer les écritures


Évangile:

On disait un jour à Jésus : « Les disciples de Jean jeûnent souvent et font desprières; de même ceux des pharisiens. Au contraire, tes disciples mangent et boivent! » 
Jésus leur dit : « Est-ce que vous pouvez faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux? 
Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé : ces jours-là, ils jeûneront. » 
Et il dit pour eux une parabole : « Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf pour le coudre sur un vieux vêtement. Autrement, on aura déchiré le neuf, et le morceau ajouté, qui vient du neuf, ne s’accordera pas avec le vieux. 
Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, il se répandra et les outres seront perdues. 
Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves. 
Jamais celui qui a bu du vieux ne désire du nouveau. Car il dit : “C’est le vieux qui est bon.” » 

Commentaires :

« On disait un jour à Jésus ». Une petite phrase qui semble ne rien dire tant que nous ignorons ce qui se dira à Jésus. Que lui diront-ils pour le mettre à l’épreuve? Les disciples de Jean, comme les pharisiens entendent tout ce que l’on dit de Jésus. Les gens de la synagogue qui ont assisté à la libération du possédé demeurent encore stupéfaits de l’autorité de sa parole, ils ne cessent de répandre autour leur émerveillement à propos de ce Jésus. Il y a aussi tous les malades qui retrouvent la santé en s’approchant de lui. Ils entendent bien tous les témoignages, mais ils ne parviennent pas à faire le lien entre cet homme qui fait des merveilles et ce modeste charpentier de Nazareth. Que peut-il sortir de bon d’un petit village aussi reculé? Ils ne peuvent croire qu’il puisse être le Messie de Dieu, le Fils du Dieu vivant. Pourtant, on vient de partout l’écouter et de plus en plus. 

« Et il advint, un jour qu’il était en train d’enseigner qu’il y avait, assis, des Pharisiens et des docteurs de la Loi venus de tous les villages de Galilée, de Judée, et de Jérusalem; et la puissance du Seigneur lui faisait opérer des guérisons. » (Lc 5, 12) On venait de partout et le voilà qui touche à un lépreux et la lèpre le quitte. Il touche à un lépreux! Qui oserait toucher à un lépreux devant les autorités sans se faire traiter d’impur? Jésus touche le lépreux et le purifie. Il bafoue ouvertement les règles du pur et de l’impur, toutefois comment le considérer comme impur pour avoir touché un lépreux en voyant que la lèpre a disparu. Les docteurs de la Loi et les pharisiens sont dans la consternation. Ils voient qu’autour de lui, Jésus rassemble des disciples, des hommes simples, des ouvriers de la pêche, un publicain du nom de Matthieu. La foule se presse autour de lui, comme on s’approche d’un feu pour se chauffer, d’une source d’eau vive pour s’abreuve, d’un banquet de noce pour se mettre à table. 

Un autre jour, la foule était si nombreuse près de lui que des gens ont percé le toit pour faire descendre un paralytique devant lui. « Voyant leur foi, il dit : “Homme, tes péchés te sont remis.” (Lc 5, 20) Ces mots étaient comme un coup de glaive dans l’âme de certains : “Les scribes et les pharisiens se mirent à penser : ‘Qui est-il celui-là, qui profère des blasphèmes? Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul? ’ (Lc 5, 20-21) Le mot est dit, ce mot que la tradition des anciens formait de quatre lettres YHWH, pour rendre la vocalisation quasiment impossible, vu l’interdiction de le prononcer, en vertu du troisième commandement : ‘Tu ne prononceras pas le nom de YHWH en vain… ’ Le mot ‘Dieu’ est dit. Cet homme se prend pour Dieu en remettant les péchés. Les représentants de l’autorité de la Loi sont convaincus qu’ils ne sont en rien devant Dieu. Ils préfèrent penser que Jésus agit sous l’influence du démon, malgré le bien qu’il fait plutôt que de lui attribuer le nom de Fils de Dieu, encore moins de Dieu.

‘Nul ne peut voir Dieu sans mourir.’ (1 Roi 19, 13) se disent-ils. 

 Jésus de répondre : ‘Eh bien! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, je te l’ordonne, dit-il au paralysé, lève-toi et, prenant ta civière, va chez toi.’ (Lc 5, 24) 

Le paralysé a beau se lever avec sa civière, les spécialistes ne voient pas ce qu’ils ne peuvent voir sans un cœur brisé, un esprit humilié, ils ne voient pas l’humilité de Dieu. Jésus ne vient pas nous aveugler de se grandeur comme sur le Thabor, il se fait homme pour que nous devenions des fils de Dieu comme lui. Le Fils de Dieu se fait Fils de l’homme pour élever l’homme. Sa grandeur qui brille plus que tous les soleils de l’univers est dans son humilité, dans sa douceur. Comment pouvait-il être si patient avec autant d’arrogance? ‘N’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres. Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.’ (Ph2, 3-11)

On disait un jour à Jésus… Que disait-il au Fils de Dieu qui se fait Fils de l’homme pour les élever au rang de fils de Dieu? ‘Les disciples de Jean jeûnent souvent et font des prières; de même ceux des pharisiens. Au contraire, tes disciples mangent et boivent! ’ 

Ils mangent et boivent, disent-ils. Pourtant, les gens qui écoutent Jésus en oublient de manger, tellement sa présence remplie de joie et de paix. Sa parole est une nourriture, être dans la volonté du Père est une nourriture. Ils sont rassasiés, comblés. Comme Marie, ils chantent en silence : Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.” (Lc 1, 47) Comme les amoureux, ils ne vivent que d’amour et d’eau fraiche. Vous dites qu’ils mangent et qu’ils boivent parce qu’ils n’ont pas une mine défaite, parce qu’ils rayonnent de joie. 
“Est-ce que vous pouvez faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux?” Il n’y pas de jeûne possible en présence de l’Éternel : “Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim; qui croit en moi n’aura jamais soif. Mais je vous l’ai dit : vous me voyez et vous ne croyez pas.” (Jn 6, 35-36) Ils ne voient pas l’humilité de Dieu, sa douceur. Ils ne voient que hiérarchie, esclavage, richesse, pouvoir, domination. 

“Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf pour le coudre sur un vieux vêtement. Autrement, on aura déchiré le neuf, et le morceau ajouté, qui vient du neuf, ne s’accordera pas avec le vieux.” Nous ne pouvons coudre ensemble l’orgueil et l’humilité, la douceur et la colère, le pouvoir et le service, la bonté et la dureté, l’avarice et la générosité. Le monde ancien et le monde nouveau, la mort et la vie, la haine et l’amour.  
Ils n’entendent rien à cette noce qui se prépare devant eux, à cette union de la divinité de Dieu à notre humanité, à ce repas de la croix qui se prépare : “Mais un temps viendra où l’Époux leur sera enlevé : ces jours-là, ils jeûneront.” Jésus ne veut pas les faire jeûner du tout, il leur sera enlevé trois jours pour aller libérer le monde ancien, tous ceux qui sont morts et les introduire dans le monde nouveau : “Vos pères, dans le désert, ont mangé la manne et sont morts; ce pain est celui qui descend du ciel pour qu’on le mange et ne meure pas. Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais.” (Jn 6, 49-51)

Le vin qui descend du ciel, ce vin ne peut tenir dans les outres anciennes : “Ceci est mon corps, donné pour vous; faites cela en mémoire de moi.” 20 Il fit de même pour la coupe après le repas, disant : “Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous.” (Lc 22, 19-20) C’est le vin de l’amour infini de Dieu comment pourrait-il tenir dans des êtres finis? C’est le vin de la vie éternelle, comment pourrait-il tenir dans des outres mortelles? 

Jésus prend sur lui de faire de nous des outres neuves pour y verser la vie nouvelle. “Homme, tes péchés te sont remis.” (Lc 5, 20) Ce n’est pas un blasphème, c’est celui qui est en droit de le remettre qui les remet parce qu’il prend sur lui nos péchés pour nous rendre capables par lui de remettre aux autres les fautes contre nous. “Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.” (Mt 6,12) Dieu qui n’est qu’amour vient pour ceux qui cherchent avec bonne volonté l’amour : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi!” selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. » (Jn 7, 37-38) 

« Est-ce que vous pouvez faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux? 
 “Je te fiancerai à moi pour toujours; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde;  je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras Yahvé.” (Os 2, 21-23)

NDC