7 août, Mt 15, 21-28 : L’Agneau pascal et le petit chien

 In Méditer les écritures


Évangile :

Jésus s’était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. »

Mais elle vient se prosterner devant lui : « Seigneur, viens à mon secours! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. — C’est vrai, Seigneur, reprit-elle; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maitres. » Jésus répondit : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux! »Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Commentaires :

Jésus est la pierre rejetée par les bâtisseurs. Il est constamment pris à parti par les pharisiens et autres autorités de Jérusalem. Ils posent des pièges constamment sur sa route afin de pouvoir le condamner et le faire mourir. L’amour de Jésus à leur égard ne les atteint pas, ils sont fermés à sa lumière de vie, à sa sagesse éternelle, à sa miséricorde envers tous. 

« Alors des pharisiens et des scribes de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : “Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens? En effet, ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas.” “Et vous, répliqua-t-il, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition?” (15, 1-3)

Les disciples ont l’impression que Jésus ne voit pas qu’il se met les pharisiens à dos par ses paroles. Ils craignent le pouvoir des pharisiens et ses conséquences. Toute vérité n’est pas bonne à dire se disent-ils. Ne vaut-il pas mieux se taire que de risquer sa vie? Ils ont bien entendu l’enseignement de Jésus à ce sujet : “Je vous le dis à vous, mes amis : Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez Celui qui, après avoir tué, a le pouvoir de jeter dans la géhenne; oui, je vous le dis, Celui-là, craignez-le.” (Lc 12, 4-5) Pourtant lorsque ceux qui menacent leur corps se présentent, le courage s’envole et ils s’empressent d’invectiver Jésus : “Sais-tu que les pharisiens se sont choqués de t’entendre parler ainsi?” Il répondit : “Tout plant que n’a point planté mon Père céleste sera arraché. Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles! Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou.”  Pierre, prenant la parole, lui dit : “Explique-nous la parabole.”  Il dit : “Vous aussi, maintenant encore, vous êtes sans intelligence?” (Mt 15, 12-16)

Les disciples ne comprennent pas, ils veulent des explications. Ils saisissent mieux l’enseignement des pharisiens sur le pur et l’impur, des doctrines qui ne sont que préceptes humains et où le cœur est absent. Tout se juge de l’extérieur selon eux qu’importe l’état du cœur et ce qui s’y passe, l’important ce sont les belles apparences. Voilà le cœur de leurs doctrines. 

Jésus se retire vers une région païenne. Une Cananéenne s’accroche aux disciples et les poursuit de ses cris. Leur cœur est sourd à sa douleur, ce sont leurs oreilles qui les font souffrir et ils voudraient bien la chasser, mais n’y parviennent pas. Ils se préoccupent que Jésus choque les pharisiens, mais ils sont indifférents à cette femme. Tout ce qui les préoccupe à son sujet est qu’elle dérange leur aise.  

Jésus l’entend bien cette femme, il fait la sourde oreille en apparence, mais il l’entend bien, lui qui entend chaque cheveu de nos têtes qui tombe au sol : “Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde. Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. » (Mt 10, 29-30) Chaque cri de cette femme lui perce le cœur et comme il voudrait que déjà son cœur soit ouvert sur la croix dans sa mort pour laisser couler son fleuve d’eau vive afin de la noyer dans son amour. 

Jésus fait la sourde oreille aux cris de cette femme, mais son cœur entend, il entend bien le cri de tous les enfants de tous les peuples, lui la lumière des  nations. Dans son amour à la sagesse infinie, il prépare une leçon à ses disciples pour leur faire comprendre que ses bras qui s’ouvriront sur la croix veulent accueillir tous ceux qui viendront à lui et reconnaîtront son amour. 

‘Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger.’ (Mt11, 28-30)

Cette femme est bien déterminée à venir à l’école de Jésus. Elle écoutera par la fenêtre s’il le faut, elle entrera par le toit, elle se glissera sous le plancher. Son amour pour sa fille la pousse à la plus grande témérité pour obtenir sa guérison. Comment un remède qui soigne un enfant d’Israël ne soignerait-il pas un enfant cananéen? Cette femme est décidée à s’approcher de Jésus, mais elle n’y parvient pas. Ce sont les disciples qui viendront à Jésus pour lui demander de lui donner satisfaction afin de faire cesser ses cris qui les importunent ou encore qui leur font craindre les réactions des gens de cette région païenne. 

Jésus répond aux disciples : ‘Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël.’ Cette réponse convient bien à la manière de penser des disciples pourtant ils veulent que Jésus lui accorde sa demande pour qu’elle cesse de crier au milieu de ces païens : ‘Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David! Ma fille est tourmentée par un démon.’ Cela finira par nous attirer les fureurs de la foule. Les disciples sont encore enfermés sous l’emprise de la Loi et ils pensent être les seuls héritiers des promesses. Avec Jésus c’est le temps de la foi en celui qui apporte la grâce et la vérité pour la multitude : ‘Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.’ (Jn 1, 17)

La femme a bien entendu ce que Jésus a répondu aux disciples, et à ces mots comme Élisabeth à la salutation de Marie, elle est remplie de l’Esprit et elle s’écrie : ‘Seigneur, viens à mon secours.’ La Cananéenne témoigne qu’elle est devant le Fils de Dieu, le Dieu unique et que ce Fils du Très-Haut s’est incarné dans ce Jésus Fils de David. Elle ne craint pas les siens, elle n’a de souci que d’implorer le seul médecin qui peut guérir sa fille. Jésus dans un élan d’amour fera grandir sa foi et donnera à son témoignage comme au parfum de Marie Madeleine, une bonne odeur de vie éternelle qui traversera les siècles. ‘Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens.’ La mère de l’enfant tourmentée par un démon ne se sentira en rien rejetée en se faisant comparer à un petit chien. Elle reçoit de cette humilité de l’Agneau de Dieu qui lui donne de s’exclamer devant tous : ‘C’est vrai, Seigneur, reprit-elle; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maitres.’

Les disciples sont figés. Leur cœur est aveugle à ce qui se passe. Ils se demandent ce que fera Jésus devant tant d’insolence. 

Jésus répondit : ‘Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux! ’ 

Les disciples sont estomaqués d’entendre l’éloge que Jésus prononce sur la foi de cette femme. Qui peut savoir que sa fille à l’instant fut guérie? La maman le sait puisqu’elle cesse de crier et son cœur goute la joie d’adorer en esprit et en vérité le Dieu unique. Elle voudrait demeurer prosternée à ses pieds et continuer à contempler Jésus son Seigneur et son Dieu. 

Les disciples retiendront cette rencontre et elle sera pour eux un baume pour les yeux de leur foi. 

‘Avant la venue de la foi, nous étions enfermés sous la garde de la Loi, réservés à la foi qui devait se révéler. Ainsi la Loi nous servit-elle de pédagogue jusqu’au Christ, pour que nous obtenions de la foi notre justification, mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse.’ (Ga 3, 23-29)

NDC