7 déc, Mt 7,21. 24-27: La volonté du Père, porte d’entrée dans le Royaume des cieux.

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Évangile :

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Il ne suffit pas de me dire : “Seigneur, Seigneur!”, pour entrer dans le Royaume des cieux; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux.

Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. 
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s’est abattue sur cette maison; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. 
Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. 
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la ftempête a soufflé, elle a secoué cette maison; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »
Commentaires :
Les disciples étaient rassemblés autour de Jésus, il leur disait ce à quoi ils ne s’attendaient pas d’entendre. Ils se croyaient bien établis auprès de Jésus et prêts à se construire une place bien confortable à ses côtes. Cette histoire de maison sur le sable et sur le roc était tout à fait imprévisible pour eux. Ils se sentaient en droit de se battre pour les premières places auprès de Jésus et le demander avec insistance sans souci des autres : « Maître, nous voulons que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous? » — « Accorde-nous, lui dirent-ils, de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire.» Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. (…) Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. » (Mc 10, 36-38.41) Ils étaient tout à fait à l’aise pour demander à Jésus ce que serait leur récompense pour l’avoir suivi : « Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi, quelle sera donc notre part? » (Mt 19, 27) Ils défendaient tout autant l’exclusivité sur Jésus et voulaient que personne n’utilise le nom de Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas. » (Mc 9, 38) Ils ne voulaient pas seulement l’exclusivité des pouvoirs qui se rattachent au nom de Jésus, ils voulaient détruire ceux qui refusaient de les accueillir comme dans ce bourg de Samarie lorsque l’on refusa de l’accueillir parce que Jésus montait à Jérusalem : ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer? » Mais, se retournant, il les réprimanda. Et ils se mirent en route pour un autre village. » (Mt 9, 54-56) Et que dire de Pierre lorsque Jésus annonce pour la première fois sa passion et sa résurrection : « Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter »; et c’est ouvertement qu’il disait ces choses. Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner. Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, admonesta Pierre et dit : « Passe derrière moi, Satan! car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! » (Mc 8, 31-33)
Les disciples sont rassemblés autour de Jésus et ils le regardent comme si Jésus était leur propriété, comme s’il était leur passeport vers la réussite, leur billet gagnant à la loterie, leur réussite sociale.
Ils attendent fiévreusement ce que Jésus dira. Ils sont anxieux que sa royauté soit reconnue, ils sont empressés que son royaume s’établisse pour devenir des fonctionnaires privilégiés de cette royauté.
Jésus leur dit : « Il ne suffit pas de me dire : “Seigneur, Seigneur!”, pour entrer dans le Royaume des cieux; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. » Beaucoup seront étonnés en voulant entrer dans le Royaume de se voir refuser l‘entrée. Ils seront fâchés de ne pas être reconnu et s’exclameront : « Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé? En ton nom que nous avons chassé les démons? En ton nom que nous avons fait bien des miracles? » Alors je leur dirai en face : « Jamais je ne vous ai connus; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » (Mt 7, 22-23) L’étonnement est entier dans les yeux des disciples et ils s’interrogent : comment pouvons-nous faire des miracles et ne pas être dans la volonté de Dieu, comment pouvons-nous agir en son nom et ne pas être connu de celui dont nous utilisons le nom? Jésus ne connaît pas celui qui agit en son nom par sa propre volonté, car celui-là ne peut le reconnaître dans la mangeoire ou sur la croix, il ne peut le connaître et marcher avec lui sur le chemin de la croix et construire sa maison sur le roc de son offrande. Il ne peut reconnaître la sagesse de Dieu qui est folie aux yeux des hommes.
Pour faire la volonté du Père, il faut se défaire de sa propre volonté. « Celui qui veut marcher à ma suite, » nous dit Jésus, « qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. » (Mt 16, 24) Il n’y a qu’ainsi que nous pouvons entrer dans le mouvement de l’Esprit et être poussés là où l’on doit être et devenir l’instrument de Dieu pour les autres. Propos difficiles à entendre pour les disciples et tout autant aujourd’hui où l’individualisme, la recherche de plaisirs, l’indépendance se proposent comme guides suprêmes pour se réaliser. Comment rendre justice à ce que Jésus propose lorsque tous les boucliers se lèvent pour se défendre d’accueillir cette parole de vie? Elle est vraiment comme un glaive la parole de Jésus. Elle vient transpercer la manière habituelle de voir et invite à bâtir sa vie sur ce qui engloutit la mort plutôt que de se procurer le plus de plaisirs possible avant la mort, tout en se résignant. Jésus demande de s’investir sur ce qui ne passe pas, sur ce qui résiste à ce monde qui passe. Qui a le langage le plus triste entre Jésus et le monde? N’est-ce pas l’esprit du monde qui nous dit d’oublier tout ce qui est triste, de ne pas y songer nous assurant qu’il n’y a pas de réponse et que tout est vide? N’est-ce pas l’esprit du monde qui est tristesse? Il nous fait perdre l’esprit en nous proposant toutes sortes de distractions pour tuer le temps dans le plaisir et nous bousculer dans le tombeau. L’esprit de ce monde arrive maintenant à nous proposer de nous soulager de l’angoisse de la mort et de son passage. Cette joie ne peut être une vraie joie, car peu de gens peuvent y avoir accès. La plupart sont condamnés à une vie brève et souffrante sur cette planète. Jésus propose d’abriter tout le monde dans la joie, ceux qui sont morts y compris, ceux qui sont malades, estropiés, handicapés. Il demande un renoncement accessible au plus pauvre comme au plus riche, au plus intelligent comme à celui souffre d’un handicap mental. Il affirme que les plus faibles, les plus petits entendent cette parole et l’accueillent avec joie.
« N’exposez donc pas votre privilège à l’outrage. Car le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. » (Ro 14:16 -17) La justice ne s’achète pas, ni la joie. Nous pouvons bien nous procurer des plaisirs pour échapper à la tristesse de la perte d’un proche, cela ne le ramène pas. Jésus pleure la mort de son ami Lazare malgré qu’il a le pouvoir de le ramener à la vie, il pleure avec tous ceux qui pleureront la mort d’un proche. Il lui tarde de vaincre la mort et apporter cette paix qui fait vivre dans l’espérance de retrouver ceux que la mort retient. « Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez ignorants au sujet des morts; il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Puisque nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même, ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les emmènera avec lui» ( 1 Thess 4, 13-14)
Jésus nous assure cette paix, cette joie et il vient la fonder sur sa propre mort, son obéissance à la volonté d’amour du Père pour tous. Il est temps de nous laisser lever de nos tombeaux par l’Esprit du Père, il est temps de dire non à cet esprit qui nous convainc que nous sommes faits pour la mort. C’est à cet état d’esprit qu’il faut mourir pour entrer dans la volonté du Père qui nous veut debout et vivants, debout et plein de joie, debout et plein de vie à jamais.
« Et c’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes. » (Hébreux 10:10)
Jésus est mort pour nous, non simplement mort, mais tué à mort et il disait en regardant ceux qui prenaient sa vie : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort. » (Luc 23,34) Dieu posait sur cette terre de mortel le roc où construire sa maison, un roc d’un amour infini qu’aucune mort ne pourra fracasser. Dieu dans sa bonté se livrait à nos mains de poussières, à nos mains criminelles pour nous sortir de cette poussière et nous couvrir du vêtement blanc acheté au prix du sang de son Fils.
La volonté du Père est renoncement à tout ce qui est haine, à tout ce qui est égoïsme, à tout ce qui mort, à tout ce qui divise, à tout ce qui fait abandonner le moindre de ses enfants dans l’étreinte de la mort.
Qui mieux que Marie peut nous enseigner la volonté du Père en ce monde? Qui mieux qu’elle entre dans le mouvement de l’Esprit de Dieu et se fait la servante inflexible de sa parole? Dès le moment de l’engendrement du Fils en son sein, une condamnation à la lapidation se pose sur elle! Dans la plus grande confiance et en silence, elle avance dans l’adoration et la prière. Dès la naissance de son Fils, elle est poursuivie par le puissant Hérode pour tuer son enfant. Marie s’abandonne à l’Esprit dans la confiance, sans dire un mot de haine à l’égard de son poursuivant, sans chercher défense. Elle construit sur le roc de la volonté du Père. Les menaces, les meurtriers, le froid, la faim, rien ne l’ébranle. Elle passera trente années dans le silence d’un atelier de charpentier, dans une vie modeste et cachée sans rien demander, sans s’insurger des lenteurs de Dieu pour faire régner son Fils. Elle construit sur le roc. Elle verra son Fils insulté, poursuivi pour être tué, rejeté de son village, harcelé par les autorités religieuses, condamné, crucifié, elle demeurera dans le silence et la paix. Marie construit sur le roc. Elle verra son Fils ressuscité bien avant tous les autres, elle ne court pas au tombeau, elle sait que la mort ne pourra retenir son Fils.
Marie a bien mis en pratique la parole de Dieu et elle s’est remise entièrement à la volonté du Père, en ne doutant jamais de sa présence, de sa puissance, de son amour dans tous les événements traversés. Avant et après son enfantement, Jésus est toujours présent en elle, il est son rocher et rien ne peut l’ébranler et la sortir de la joie de l’Esprit Saint et de l’amour de la multitude avec son Fils.
Marie est la pratique vivante de la parole de Dieu, en elle, le Verbe s’est fait chair. La volonté du Père est sa nourriture, son « âme exalte le Seigneur » de jour et de nuit, son « esprit exulte en Dieu son Sauveur ». Le temps s’arrête, son pied tient ferme au sol et son cœur demeure dans le service de la volonté du Père. Marie veille et les anges sont frappés d’étonnement devant son recueillement et sa libre docilité à l’Esprit en elle.
La crèche misérable se pare de beauté devant tant de grâce. La mangeoire contenant l’enfant entouré de langes annonce le festin des noces de l’Agneau. La colère d’Hérode, sa jalousie, ses cris de rage ne peuvent faire trembler cette modeste demeure où l’Éternel Amour se livre pour se faire nourriture de vie éternelle et établir le règne de Dieu qui est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint.
« Les bergers, entendant les anges chanter la présence du Christ fait chair,
Coururent contempler leur pasteur.
Ils virent l’agneau immaculé,
Nourri au sein de Marie qu’ils chantèrent en disant :
Réjouis-toi, mère de l’Agneau et du Berger,
Réjouis-toi, bercail des brebis de l’Esprit,
Réjouis-toi, défense contre les ennemis invisibles,
Réjouis-toi, qui ouvres les portes du paradis.
Réjouis-toi, puisque les cieux se réjouissent avec la terre,
Réjouis-toi, puisque dansent la terre et le ciel,
Réjouis-toi, bouche des apôtres qui ne saurait se taire,
Réjouis-toi, courage invincible des lutteurs.
Réjouis-toi, soutien inflexible de la foi,
Réjouis-toi, signe éclatant de la grâce,
Réjouis-toi, par qui l’enfer fut dépouillé,
Réjouis-toi, par qui la gloire nous est redonnée. » (Extrait de l’hymne acathiste)
Réjouissons-nous avec elle d’avoir accès à ce rocher imprenable où nous pouvons demeurer dans l’amour et servir la multitude avec Marie par Jésus.
« Que dire après cela? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur? Qui se fera l’accusateur de ceux que Dieu a élus? C’est Dieu qui justifie. Qui donc condamnera? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je? Ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous? Qui nous séparera de l’amour du Christ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive? » (Ro 8, 31-35).
Rien ne peut provoquer l’écroulement de celui qui s’établit dans la foi en cet amour indicible de Dieu. Rien ne peut menacer celui qui n’a de cesse de veiller et prier pour demeurer dans l’esprit et voir ce rocher dans la nuit, cette croix sur le calvaire qui crie l’amour de Dieu pour chacun. Elle paraît si fragile et pourtant rien ne peut atteindre celui qui prend sa croix et se met à la suite de Jésus.
NDC