7 février, Mc 6, 7-13 : L’employé d’un riche patron et le disciple de Jésus.

 In Méditer les écritures

Évangile :
« Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans la ceinture. “Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange.” Il leur disait encore : “Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage.”
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. »
Commentaires :
Lorsque le propriétaire d’une grande chaîne de magasins envoie son million d’employés vendre ses produits, il leur prescrit la bonne humeur chaque matin et leur commande de laisser leurs problèmes à la maison. Chaque employé doit porter le costume de son commerce pour être bien reconnu par les acheteurs. Pour augmenter son profit et bien les tenir au poste, le propriétaire placarde sur chacun des publicités. Pour incendier leur hardiesse à bien servir son profit, il promet des bonus à ceux qui fourniront une performance surpassant celle des autres. À l’insu de l’employé, une compétition sournoise s’installe dans le comportement de chaque employé pour être le vendeur du mois. Chacun dans cette mentalité d’équipe devient l’adversaire de l’autre pour obtenir le bonus. Le silence fait son nid dans cette équipe où chaque joueur est concurrent de tous ses coéquipiers de travail. Dans cet état d’esprit, le patron se transforme en généreux mécène qui n’a de souci que pour le bien-être de ses employés et pourtant, ils savent bien qu’ils sont les jouets de cette mascarade, mais personne n’oserait le dire, de peur de se retrouver seul et de perdre son emploi.
Le patron poussera plus loin sa ruse pour bien les retenir à son service et s’enrichir de leur travail. Il leur donnera un salaire minimum afin que les employés ne puissent jamais s’enrichir et continuent à accepter ses règles sans rien dire, car il les garde dans l’incapacité de perdre leur emploi au risque de perdre tout ce qu’ils ont.
Le but de ce carcan bien structuré est d’enrichir toujours plus celui qui l’a mis en place et lui apporter en plus de la fortune, le respect et l’estime de tous, en premier lieu de ses employés, qui tous les jours, partout dans le monde chantent son nom et celui de l’entreprise. Voyez le million de travailleurs qui, sourire aux lèvres, n’ont de cesse, jour après jour, d’entrer au travail, rêvant d’un bonus ou d’être le gagnant du tirage d’un voyage, car comment pourraient-ils se le payer eux-mêmes, ils doivent attendre après le patron pour leur donner avec leur argent le voyage attendu. L’horreur de cette histoire c’est que ce prix ou ce bonus ne les éloignera que quelques instants des immenses corridors de produits que chaque jour ils parcourent de long en large. Quelques jours à ne pas empiler des produits sur des tablettes et marquer les prix, tout en veillant à toujours plus d’efficacité pour gagner sur celui qui a mérité le prix le mois précédant.
Chacun des employés est seul dans ce petit système même lorsqu’ils chantent ensemble le matin leur solidarité afin de courir chacun à son poste. Qui peut douter de la solitude de chacun de ces vendeurs? Dès que les portes s’ouvrent pour laisser entrer la clientèle, tous se précipitent pour servir en tentant de plaire au gérant du patron qui les surveille en son nom.
Où est-il ce grand patron qui s’enrichit toujours plus avec les mains des autres? Il est bien confortablement installé et profite sans rien faire de l’effort des autres et c’est bien ainsi qu’il veut que les choses demeurent et si c’était possible, ce serait pour l’éternité.
Jésus, au contraire de ce César, aime la multitude, il aime ses disciples à qui il demande de servir avec lui le grand dessein d’amour du Père sur tous. Il n’est pas là pour s’enrichir, il est déjà la source de toute richesse. « De riche qu’il était, il se fait pauvre, pour nous enrichir de sa pauvreté. » (2 Cor 8,9) Une pauvreté parmi nous afin de nous dévoiler la vraie richesse et ainsi nous rendre riches de cette richesse que la plus grande misère ne pourra plus lui soustraire. Il naîtra dans une crèche et sera déposé dans une mangeoire, il trouvera la mort sur une croix entre deux brigands, hors de la ville et pourtant c’est lui qui dans cette pauvreté inaugurera un monde nouveau où chacun recevra la vie en plénitude, sans autre rivalité que d’aimer l’autre plus qu’il nous aime et d’aimer Dieu le Père, plus que nous-mêmes, car tel est ce qui revient à ce Dieu Amour, un amour à la mesure de la démesure dont il nous aime.
« Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père. » (Ph 2, 6-11)
Nous sommes loin de cet homme qui s’enrichit sans atteindre la richesse qui pourrait lui donner le repos. Cet homme se croit riche et pourtant, il a prouvé sa pauvreté en poursuivant constamment l’enrichissement. Le vrai riche, c’est celui qui s’enrichit en se dépensant pour les autres.
C’est pourquoi Jésus dira à ses disciples de ne rien emporter pour la route, mais de se livrer avec lui en se dépensant sans cesse pour les autres. Que de misères ils soigneront ainsi, en se faisant riches de la vraie richesse! Combien de pauvres qui se croient riches pourront s’ouvrir aux vrais biens, à ces biens qui durent pour la vie éternelle, là où le voleur et la rouille ne peuvent rien!
« La proximité avec le Christ,
dans le silence de la contemplation,
n’éloigne pas de nos contemporains,
mais, au contraire, elle nous rend attentifs
et ouverts aux joies et aux détresses des hommes,
et elle élargit le cœur aux dimensions du monde.
Elle nous rend solidaires de nos frères en humanité,
particulièrement des plus petits,
qui sont les bien-aimés du Seigneur… » (Jean-Paul II, lettre à Mgr Houssiau, évêque de Liège 1994)
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. »
NDC