7 mai, Jn 6, 30-35 : Le poids du pain de vie.

 In Méditer les écritures


Évangile :

Après la multiplication des pains, la foule dit à Jésus : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et le croire? Quelle œuvre vas-tu faire? Au désert, nos pères ont mangé la manne; comme dit l’Écriture : il leur a donné à manger le pain venu du ciel. »

Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours. »

Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »

Commentaires :

Après la multiplication des pains, le poids du quotidien des gens dans la foule a été allégé. Tous ont mangé à leur faim sans avoir à payer, pas plus qu’à travailler pour recevoir de ce pain. Jésus prend du poids aux yeux des gens, il prend du poids à la mesure de la charge qu’il prend sur lui de ce qu’ils ont à porter. Il a pris sur lui de les nourrir pour une journée, mais est-ce qu’il les déchargera du poids du pain quotidien pour la traversée de ce monde?  

Pour les Hébreux, la gloire, c’est le poids objectif d’un être, lemot gloire se traduit par kâbod, en hébreu, mot qui vient d’une racine dont le sens est « être lourd », avoir du poids. La foule veut savoir si Jésus a du poids aux yeux de Dieu, s’il est plus lourd que Moïse qui a nourri le peuple avec la manne pour la traversée du désert. 

Les gens demandent un signe visible de son poids auprès de Dieu pour le croire. Ils veulent voir pour croire, ne serait-ce pas plutôt qu’ils veulent manger pour croire. Ils veulent voir avant de croire. Ils ignorent que dans le croire, il y a un voir : « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de voir des réalités qu’on ne voit pas. » (Hé 11, 1) Ils veulent voir ce qu’ils ne peuvent voir dans la réalité visible. C’est pourquoi ils demeurent aveugles à celui qui est le signe de Dieu, le « sacrement » de Dieu, celui en qui « habite corporellement toute la plénitude de la Divinité » (Col 2, 9). Il se rend visible dans notre humanité pour nous révéler le mystère du dessein d’amour de Dieu et le réaliser. Il y a ici plus pesant que Salomon, que Jonas, que Moïse, qu’Abraham, il y a ici plus que le Temple : « La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon! Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération et ils la condamneront, car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas! » (Lc 31-32) L’humanité du Christ, unie à la Personne du Fils de Dieu, est devant eux, et ils ne voient pas l’éclat de sa gloire qu’il avait auprès du Père avant les siècles, car « Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! » (Ph 2, 6-8) Ils ne voient pas la gloire de sa sainteté qui se manifeste dans cette humilité, ils ne voient pas que c’est pour nous qu’il voile sa divinité en prenant notre humanité pour nous l’offrir afin de nous élever à sa condition divine de Fils de Dieu. 

C’est à tomber à genoux pour l’éternité devant tant d’amour, comme ces vieillards de l’apocalypse : « les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, les prières des saints; ils chantaient un cantique nouveau : “Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation; tu as fait d’eux pour notre Dieu une Royauté de Prêtres régnant sur la terre.” (Ap 5, 8-10)

Non, ils demeurent tous debout, attendant sa réponse à la demande d’un signe pour croire. Ils demeurent aveugles, car ils ne regardent que leur ventre, que ce que la réalité visible dévoile, ils ne veulent pas voir la réalité qu’on ne peut voir qu’avec le cœur. 

Le moindre soupir de bonne volonté de l’un d’entre eux aurait donné à Jésus d’actualiser la lumière de sa présence divine dans leurs cœurs. Rien, ils veulent manger gratuitement tous les jours pour avoir du poids et reprendre pouvoir sur le territoire occupé par les Romains. La moindre petite dose d’accueil et Jésus sort de son voile et entre par l’Esprit dans l’esprit de celui qui l’accueille pour le faire renaître : “Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu” (Jn 1, 13) Les dispositions humaines d’accueil doivent être présentes pour que la présence de l’Éternel dans le temporel produise son effet. 

Jésus a beaucoup plus que le pain terrestre à leur offrir. 

“Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.” Ils lui dirent alors : “Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours.”

Jésus leur répondit : “Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.”

Un vent de déception passe dans le visage de ceux qui entendent cette déclaration de Jésus. Cette parole n’a pas de poids à leurs yeux, car elle ne pèse rien dans la balance du visible. Comment ce Jésus peut-il être du pain? Ils auraient tellement apprécié entendre qu’il leur fournirait de la nourriture chaque jour. “Moi, je suis le pain de la vie.” Non, cette parole demeure voilée à leurs yeux qui ne cherchent que la lumière des apparences. 

“Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger.” (Mt 11, 28-30) 

Le poids du jour revient à l’esprit des gens. Ils devront trouver de quoi manger aujourd’hui. Ils pensaient bien avoir gagné la fortune et les voilà le ventre vide. Pourtant, il y a là dans ce pain que Jésus offre, une nourriture d’un poids sans égal en ce monde. Ce pain de vie contient la densité de la vie divine qui est faite d’un poids d’amour si grand que l’infini ne pourrait le contenir. C’est un poids d’amour trinitaire, car ils sont trois à donner et à recevoir l’amour, ils sont trois, le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Ils sont trois dans ce Pain de vie qui enlève à jamais faim et soif, ils sont trois à brûler d’un amour qui n’est qu’amour pour se donner et nous recevoir dans cette étreinte. 

 Les gens dans la foule n’entendent pas les paroles d’amour de Jésus qui brûle de monter sur la croix et se faire le pain qui nous réunit tous en son Corps.  

Le pain qui est sans poids en ce monde est celui qui pèse aux yeux de Dieu et qui donne la vie éternelle. 

NDC