7 mars, Lc 9, 22-25 : Où est notre foi? Là, où est notre joie.

 In Méditer les écritures


Évangile :

Jésus disait à ses disciples : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les Anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »

Il disait à la foule : « Celui qui veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. Quel avantage un homme aura-t-il de gagner le monde entier, si c’est en se perdant lui-même et en le payant de sa propre existence? »

Commentaires :

« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les Anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » 

« Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : “Elle est dure, cette parole! Qui peut l’écouter?” Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce propos, Jésus leur dit : “Cela vous scandalise?” (…) “Voulez-vous partir, vous aussi?” (Jn 6, 60-61.67) Elle est dure à entendre cette parole! Comment celui qui vient sauver le peuple peut-il souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les autorités religieuses, être tué? Le mot ressuscité demeure dans la gorge, comme pour une mère au pied du tombeau de son fils à qui l’on dit le mot résurrection. Un instant de son absence dans la mort est une éternité pour les mortels que nous sommes. Les cimetières sont remplis de morts qui demeurent bien morts après leur mort. Un instant de souffrance d’un être aimé est insupportable, un crachat à son visage est une humiliation intenable pour ceux qui contemplent un visage aimé. Les disciples ne parviennent pas à accepter que Jésus traverse une telle abomination. “Cela vous scandalise?” (…) “Voulez-vous partir, vous aussi?” Voulez-vous un sauveteur, un secoureur qui vous tire des problèmes pour vous mener à l’écart de toutes les difficultés afin de mener une petite vie tranquille? “Maître, maître, nous périssons! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit. Puis il leur dit : ‘Où est votre foi? ’ (Lc 8, 24-25) Où est votre foi? Voulez-vous suivre un homme qui prend le pouvoir sur cette terre et vous donnera un poste de prestige dans son nouveau royaume? Voulez-vous suivre un savant qui vous dévoilera tous les mystères de la nature, un médecin qui vous soignera, un magicien qui vous évitera tous les efforts du temps et de l’espace? En qui mettez-vous votre foi? En un homme qui vous rassurera de continuer à vivre selon vos préceptes humains en attendant la mort sans souci pour votre ennemi, pour le pauvre qui meurt de faim, pour le lépreux, pour le prochain? Voulez-vous un sauveteur à votre image qui vous donnera raison sur les autres?

Jésus n’a rien d’un sauveteur qui nous tire d’un problème passager. Jésus a tout d’un homme et il a tout de Dieu à la fois, car il vient nous racheter par son sang, par sa chair engendrée de l’Esprit de l’emprise de ce que nous ne pensons même pas de nous défaire, tellement le mur de béton est immense. Nous ne sentons plus rien du proche que la mort avale, plus rien et il n’y a que nos larmes pour noyer notre douleur. C’est ce mur que Jésus vient ouvrir et pour le fendre, il doit y entrer sans hésitation… tout comme ce jour, où sur l’eau, il a marché pour ouvrir vos cœurs à la foi d’un Sauveur, d’un Rédempteur et non d’un sauveteur.

«C’est un fantôme », disaient-ils, et pris de peur ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla en disant : ‘Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte’. Sur quoi, Pierre lui répondit : ‘Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir à toi sur les eaux.’ ‘Viens’, dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque, se mit à marcher sur les eaux et vint vers Jésus. Mais, voyant le vent, il prit peur et, commençant à couler, il s’écria : ‘Seigneur, sauve-moi! ’ Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : ‘Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté’? (Mt 14, 26-31) Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte, je marcherai sur la souffrance, le rejet, la mort et j’en sortirai vainqueur pour vous en tirer. 

‘Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les Anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite.’ Ayez confiance, la tempête de l’empire de l’air ne pourra me retenir et le mur de la mort se brisera. ‘Seigneur, sauve-moi,’ dit Pierre. Qui plus que moi veut vous sauver? Jésus veut nous sauver de ce que nous n’imaginons même pas avoir besoin d’être sauvés, esclaves que nous sommes de la mort en qui nous croyons et nous nous soumettons sans rien dire. Jésus n’est pas un secoureur, il est le Fils de Dieu, celui qui vient d’auprès du Père avant les siècles, qui vient dans notre nature humaine pour libérer par lui la multitude. Qui peut entendre et ne pas se scandaliser de tant d’amour? Qui peut supporter d’être aimé à ce point et le suivre sur le chemin de l’amour qui se donne? « Or voici qu’à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine,cette Loi des préceptes avec ses ordonnances, pour créer en sa personne les deux en un seul Homme Nouveau, faire la paix, et les réconcilier avec Dieu, tous deux en un seul Corps, par la Croix : en sa personne il a tué la Haine. Alors il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin et paix pour ceux qui étaient proches : par lui nous avons en effet, tous deux en un seul Esprit, libre accès auprès du Père. » (Éph 2, 13-18) C’est bien par la Croix qu’il a tué la Haine, qu’il a détruit le Mur de béton qui nous séparait entre nous, en entretenant la rupture avec Dieu. 

Jésus se tournant vers la foule : ‘Celui qui veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive’. Quelle liesse devrait se faire entendre dans la foule à ces paroles! Dans le ciel pourtant les anges sont en adoration devant l’amour qui se manifeste dans ce dessein de Dieu! Quelle joie devrait briller dans les regards à le suivre sur ce chemin qui ouvre le mur qui nous sépare, sur cette mort qui tue la Haine 

Ce n’est pas la joie que nous voyons sur les visages au mot ‘carême’ ou encore lorsque Marie dit aux enfants : ‘Pénitence, pénitence.’ Nous ne sautons pas de joie à cette invitation, pourtant nous devrions crier notre allégresse devant cette main que Jésus laissera clouer sur la croix pour nous la tendre dans cette vie et dans l’autre et nous libérer des eaux profondes de la haine qui mènent à la solitude la plus extrême. Respirer enfin par son dernier souffle qui ouvre la création nouvelle : «C’était déjà environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant, l’obscurité se fit sur la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. Le voile du Sanctuaire se déchira par le milieu, et, jetant un grand cri, Jésus dit : ‘Père, en tes mains je remets mon esprit.’ Ayant dit cela, il expira. » (Lc 23, 44-46) Sentez-vous ce souffle de son expiration qui se répand à travers tous les siècles? Si nous ne le goûtons pas, la nature l’entend et elle se prosterne, le soleil compris, et elle adore. Le voile du sanctuaire se déchire pour laisser entrer dans les esprits cette nouvelle lumière qui brille dans l’obscurité. 

«Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant?… C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il en est parmi vous qui ne croient pas. » (Jn 6, 62-64) Il en est parmi vous qui plongeront la main dans le plat de son corps et de son sang pour le vendre pour quelques pièces de vie tranquille…‘Cependant, voici que la main de celui qui me livre est avec moi sur la table.’ (Lc 22, 21) Jésus tend la main pour nous racheter et nous tendons la main dans son cœur pour le vendre pour quelques instants de la gloire qui passe. ‘Car celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. Quel avantage un homme aura-t-il de gagner le monde entier, si c’est en se perdant lui-même et en le payant de sa propre existence? ’

Il en est aussi qui entreront dans la joie de suivre Jésus sur le chemin de la croix : ‘Que jamais je ne me glorifie, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ’ (Ga 6,14) Paul trouve de la joie en cette vallée de larmes à la suite de Jésus avec sa croix glorieuse. Commentsaint Paul peut voir de la gloire, là où il y de l’abjection? Qu’est-ce qui peut le conduire à désirer l’indésirable en ce monde? Voici ce qu’il dit à ce sujet : ‘pour que vous puissiez répondre à ceux qui se glorifient de ce qui se voit et non de ce qui est dans le coeur. En effet, si nous avons été hors de sens, c’était pour Dieu; si nous sommes raisonnables, c’est pour vous. Car l’amour du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts. Et il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n’est plus ainsi que nous le connaissons. Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. » (2 Cor 5, 12-17)

Heureux celui qui entre en carême comme en une fête! Heureux celui qui voit qu’il est aveugle et qui prendra le temps de fermer les yeux en silence pour voir ce qui ne peut se voir que dans le secret, car le Père est là dans le secret, il voit dans le secret, il voit le cœur brisé devant sa dureté, il voit l’esprit humilié de son aveuglement devant ce qui est Esprit. 

‘Je tends les mains vers toi, me voici devant toi comme une terre assoiffée. (…) Pour l’honneur de ton nom, Seigneur, fais-moi vivre ; à cause de ta justice, tire-moi de la détresse. (Ps 142, 6.11) 

‘Je suis comme un oiseau qui chante dans un buisson d’épines’. Saint François de Sales

NDC