7 oct, Mc 10, 2-16, La question qui tue!

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Évangile :
Jésus arrive en Judée et en Transjordanie. De nouveau, la foule s’assemble près de lui, et de nouveau, il les instruisait comme d’habitude. Des pharisiens l’abordèrent et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme? » Jésus dit : « Que vous a prescrit Moïse? » Ils lui répondirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. »
Jésus répliqua : « C’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette loi. Mais, au commencement du monde, quand Dieu créa l’humanité, il les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas! »
De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur répond : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d’adultère. »
On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Commentaires :
Jésus n’a de cesse d’enseigner. Il ne cherche en rien la renommée, ni à confondre ses détracteurs, pas plus que d’alimenter une révolte. C’est le dessein d’amour du Père qu’il veut accomplir. « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin. » (Jn 4,34) « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n’est pas jugé; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3, 17-18)
Jésus est là pour mener la multitude à la lumière de la vie éternelle, loin de cette obscurité qui aveugle et rend impossible la pratique de la Loi donnée par le Père à Moïse. Il est là pour rendre possible l’amour d’unité que nous ne pouvons pratiquer sans la grâce et la vérité qu’il apporte en se livrant lui-même afin que par lui nous puissions entrer dans l’unité indissoluble avec l’Esprit, par la volonté du Père et les mérites du Fils. « Car la Loi fut donnée par Moïse; la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaitre. » (Jn 1, 17-18)
Jésus rend possible de vivre la loi de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain comme nous-mêmes par sa grâce. « Moïse ne vous a-t-il pas donné la Loi? Et aucun de vous ne la pratique, la Loi! » (Jn 7, 19)
Que pouvait répondre David au prophète Nathan que Dieu lui envoie pour lui demander compte du meurtre d’Urie le Hittite afin de lui prendre sa femme. David a le cœur brisé, l’esprit humilié. Le regret de David, si grand soit-il, ne rendra pas justice à Urie. David pourrait bien se donner la mort qu’elle ne rendrait pas la vie à Urie. La loi de l’amour nous dépasse, il n’y a que Dieu qui puisse l’accomplir, lui qui n’est qu’Amour et qui en est la source. Pour rendre possible son accomplissement dans les David que nous sommes, il prendra chair dans le sein de la Vierge Marie pour se livrer afin d’élever à sa nature divine ceux qui croient en lui et leur donner de vivre l’amour parfait.
« N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Car je vous le dis, en vérité : avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé. » (Mt 5, 17-18) Il vient l’accomplir dans notre humanité pour rendre possible l’impossible amour qui seul peut assouvir toutes nos soifs, nos faims et nous introduire dans la joie que rien ne peut nous ravir. « Dieu est amour. » (Jn) « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48)
Pourtant, les pharisiens qui abordent Jésus ce jour-là n’entendent pas ainsi la loi et son accomplissement. Ils sont convaincus de toutes sortes de pratiques qu’ils considèrent conformes à la tradition des anciens, comme de ne pas manger sans s’être lavé les bras jusqu’au coude, ou ne pas manger au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, et beaucoup d’autres pratiques qu’ils observent par tradition : lavages de coupes, de cruches et de plats d’airain. Ils sont convaincus qu’en cela, ils se purifient et peuvent se considérer comme des justes.
Ils ne veulent rien entendre des appels de Jésus. « Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : “Ce peuple m’honore des lèvres; mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent, les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains. Vous mettez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.” Et il leur disait : “Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition.” (Mc 7, 6-9)
Ils viennent donc à Jésus pour le mettre à l’épreuve. Quoi de mieux que la loi de Moïse comme arme offensive pour piéger Jésus! Qui peut prétendre être plus grand que Moïse et remettre en question sa loi sinon un imposteur! Ils ont bien choisi la question piège pour que Jésus entre en conflit publiquement avec la loi de Moïse. Ils savent que Jésus fait bon accueil à tous comme ils en témoignent eux-mêmes à son égard : “Maitre, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes.” (Mt 22, 16) Ils pressentent bien que l’amour du prochain qu’enseigne Jésus aura à redire sur la loi de Moïse qui permet de renvoyer sa femme. Ils sont assurés que sa pensée sur cette loi les autorisera à l’accuser publiquement et à le lapider sur place, si l’occasion est favorable.
Les pharisiens abordent Jésus comme des loups affamés encerclent une proie, salivant déjà du festin de gloire que leur procurera cette victoire sur ce Jésus qu’aucun des leurs n’a encore réussi à piéger mortellement. Jésus est bien entouré par le groupe de pharisiens, il ne pourra leur échapper. L’un d’eux lance la question piège sans aucun avis, comme le chasseur une flèche. “Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme?” On les voit se frotter les mains comme le loup se pourlèche les babines avant de dévorer sa proie.
Le silence se fait lourd, ils attendent impatiemment la réponse de Jésus. Ils ne doutent pas que le piège se déclenchera à l’instant de ses premières paroles. Jamais les pharisiens n’ont autant voulu entendre Jésus. Ils sont tout oreilles, tout yeux.
Jésus ressent bien l’esprit homicide de ce cercle de pharisiens à son endroit. Ils ne peuvent cacher leurs crocs, pas plus que l’appétit de leurs yeux à le dévorer. Jésus demeure rayonnant de vie au milieu de cette meute infernale tout autant que devant les possédés enchainés au cimetière que personne ne pouvait approcher. Jésus ne craint pas les malades qu’il vient soigner, c’est à la maladie qu’il s’en prend pour leur rendre santé et liberté.
Les pharisiens ressentent bien cette douceur insoutenable à leur égard dans les yeux de Jésus. Ils grincent des dents pour la rejeter et entretenir leur fureur homicide.
Les lèvres de Jésus enfin s’entrouvrent et il lance une question à la question qu’ils lui posent : “Que vous a prescrit Moïse?”
La parole est à eux. Ils s’empressent de répondre avec la précision légale dont ils sont maitres afin que Jésus soit contraint de se taire et de reconnaitre qu’ils ont bien répondu, ce sera déjà une victoire. S’il répond autre chose, le piège se refermera sur lui. Ils lancent ce que dit la Loi avec assurance : “Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation.”
Leurs yeux s’ouvrent tout grands, leurs oreilles se dressent pour bien entendre ce que Jésus rétorquera à cette affirmation de la loi.
La réponse de Jésus les étonnera. Il ne contredit pas Moïse comme ils le souhaitaient, au contraire Jésus l’approuve d’avoir ainsi formulé la Loi, car c’est en raison du cœur dur de leurs semblables que cette loi était formulée ainsi.
“C’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette loi.” Cette parole est comme un coup de glaive dans le cœur de chacun des pharisiens. Ils sont figés sur place. La foule autour veut en entendre plus.
Jésus qui était avant le commencement du monde et qui est le Commencement et la Fin, les conduit à l’origine du monde.
“Au commencement du monde, quand Dieu créa l’humanité, il les fit homme et femme.” Ils sont distincts et un à la fois, tellement unifiés qu’ils peuvent être nus l’un devant l’autre tout en ne le voyant pas, tellement l’autre fait partie de lui dans la différence. Ils sont indissolublement liés l’un à l’autre comme ils le sont avec Dieu et avec la nature. Ils sont un dans l’amour et c’est dans cette unité que chacun peut se réaliser pleinement dans sa vocation d’amour.
C’est bien cette unité fracturée par la désobéissance d’Adam que Jésus vient rétablir en se donnant lui-même afin que chacun par lui se retrouve uni aux autres comme s’ils étaient lui-même.
Comment pouvons-nous répudier l’autre avec qui nous ne faisons qu’un? Ainsi, nous sommes un, comme le Père est un avec le Fils dans l’Esprit et c’est pour nous ramener à cette unité que le Fils de Dieu se fait Fils de l’homme : “afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé.” (Jean 17:21)
“Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas!”
Les pharisiens voient leur piège se refermer sur eux. Ils sont sans mot devant cette unité. Les Écritures ne se résument-elles pas à aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même? Il n’y a personne à répudier, à exclure dans un tel amour, au contraire il faut rechercher l’unité dans la paix pour retrouver la joie de vivre de la vie de Dieu. N’est-ce pas cette unité que le nouvel Adam doit ramener en se livrant pour la multitude selon le dessein d’amour du Père? David comme Abraham, comme Moïse sont morts dans la certitude que viendrait celui que le Père annonçait pour régénérer ceux qui ont foi en cet amour et les ramener à l’unité!
Il s’agit de renaitre dans sa mort et sa résurrection et devenir ainsi enfants de Dieu. “En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naitre d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu.” Nicodème lui dit : “Comment un homme peut-il naitre, étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naitre?” Jésus répondit : “En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naitre d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit.” (Jn 3, 3-6)
Jésus donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en lui, car ce n’est que par lui que nous pouvons renaitre dans sa mort et sa résurrection.
: “Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas.”
NDC