8 juin, Jn 21, 20-25 : Jésus ressuscité, Pierre, Jean, Marie, la mère de Dieu et la mort.

 In Méditer les écritures


Évangile :

Jésus ressuscité venait d’annoncer à Pierre par quel genre de mort il rendrait gloire à Dieu. En se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait. (C’est lui qui pendant le repas, s’était penché sur la poitrine de Jésus pour lui dire : « Seigneur, quel est celui qui va te livrer? » 

Pierre, voyant ce disciple, dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il? » Jésus lui répond : « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire? Mais toi, suis-moi. » Ainsi se répandit parmi les frères l’idée que ce disciple ne mourrait pas. Or, Jésus n’avait pas dit à Pierre : « Il ne mourra pas », mais : « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire? »

C’est lui, le disciple qui rend témoignage de tout cela, et qui l’a rapporté par écrit, et nous savons que son témoignage est vrai.

Commentaires :  

 Pierre vient d’apprendre de quel genre de mort il rendrait gloire à Dieu. Cette fois, Pierre accueille humblement le dessein du Père sur lui. Il ne s’emporte pas comme autrefois devant la volonté du Père. Pierre a bien en mémoire ce jour où il sermonna Jésus lorsqu’il leur parla « qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. » [Mt 16, 21] Il se souvient de son attitude de supériorité à l’égard de Jésus sous prétexte de le protéger. 

Pierre n’a pas oublié d’avoir pris le bras de Jésus comme on prend un filet pour le tirer de l’eau pour lui faire la leçon. Comment avait-il été aussi inconscient pour poser un tel geste? Sa main était encore toute lourde d’avoir ainsi brusqué Jésus, ce Jésus qui était avant que le monde soit, ce Jésus qui est celui par qui tout subsiste. « Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner en disant : “Dieu t’en préserve, Seigneur! Non, cela ne t’arrivera point!” [Mt 16, 22] La réponse de Jésus à cette invective de Pierre fut foudroyante. 

Jésus ne se nourrit pas de la pensée humaine toute limitée et n’ayant pour horizon que l’océan de la mort. “Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son oeuvre à bonne fin” [Jn 4, 34] Jésus vient nous ouvrir les horizons insoupçonnables du cœur du Père, de sa profondeur d’amour et rien en ce monde, ne viendra l’en détourner, car il vient sauver le monde. Jésus ne vient pas nous demander l’autorisation de nous sortir de l’emprise d’un plus fort que nous, ni de nous libérer de l’emprise de la mort. “Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.” [Jn 3, 17] Jésus n’est pas là pour discuter, palabrer, convaincre par l’éloquence, se défendre, il est là pour être homme parmi les hommes afin de nous rencontrer de personne à personne et donner pouvoir à ceux qui le reconnaissent pour ce qu’il est et, dans les œuvres qu’il fait, de devenir enfants de Dieu, comme lui est Fils de Dieu. “Mais à tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.” [Jn 1, 12-13] Dieu le Père vient à notre rencontre par son Fils engendré par l’Esprit dans le sein de la Vierge Marie selon ce qui était annoncé dans les Écritures.  

“Mais lui, se retournant, dit à Pierre : ‘Passe derrière moi, Satan! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! ’ [Mt 16, 23] Tu fais obstacle à l’action de Dieu qui renouvelle le monde pour vous, par moi qui me fait homme semblable à vous pour vous tirer de vos tombeaux. 

Pierre sait maintenant, devant Jésus ressuscité, que Jésus sait ce qu’il ne peut savoir pour le moment et il ne veut en rien se poser en obstacle devant ce que Dieu va accomplir. Pierre sait qu’il ne sait pas comment le dessein d’amour du Père se poursuivra pour que l’avènement de l’homme nouveau s’accomplisse, et cette fois, pour savoir, il s’adresse à Jésus. Il sait qu’avec sa pensée humaine, il ne peut saisir le plan de Dieu : ‘Il n’y a qu’un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ’ [1 Tm 2,5-6] 

Pierre en apercevant Jean se demande de quel genre de mort l’apôtre que Jésus aimait rendrait gloire à Dieu. Il ne peut sûrement avoir le même sort que moi, que les autres disciples se dit Pierre. Jean est demeuré jusqu’à la fin au pied de la croix, il a entendu tes dernières paroles sur la croix, il a vu ton cœur transpercé par le soldat. De quel genre de mort Jean rendra-t-il gloire à Dieu, le disciple aimé et aimant? 

Encore une fois, Pierre bascule dans les calculs de ce monde, les comparaisons bien humaines pour savoir qui est le plus grand et le plus petit, le meilleur et le pire. ‘Il s’éleva aussi entre eux une contestation : lequel d’entre eux pouvait être tenu pour le plus grand? Il leur dit : ‘Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs. Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert.’ [Lc 22, 24-26) Importe-t-il de savoir qui vivra le plus longtemps ou de quel genre de mort, l’un glorifiera Dieu en comparaison avec l’autre ? N’est-ce pas la volonté de Dieu qui importe, n’est-ce pas de travailler à son grand dessein d’amour sur la multitude en accomplissant ce que nous devons faire dans le corps du Christ qui est l’Église? Le but final n’est-il pas que tous reçoivent en héritage la vie éternelle? 

‘Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire? Mais toi, suis-moi.’ N’est-ce pas la volonté du Seigneur qui importe, car comment aller à l’encontre de cette volonté qui veut le bien de tous en plénitude? L’éternité de Jean ne sera pas plus ou moins longue pour toi que pour Jean. 

Les disciples pourtant entendront à la mesure de la pensée humaine, ils ne saisiront pas encore que le choix de Dieu d’une personne pour accomplir son salut, c’est toujours pour le service de tous les autres. Il n’y pas à jalouser la gloire que l’un reçoit de Dieu, car il fait partie du même corps dont nous faisons partie dans le Christ qui est la Tête. 

Il s’agit plutôt de se réjouir avec lui, car c’est la gloire de Dieu en tous qui s’actualise en lui. Il faut bien un premier-né d’entre les morts pour que ce Germe de vie puisse engendrer tous les autres dans la mort. Ainsi, ce ne sont pas nos affaires de savoir que Dieu en choisit l’un plutôt qu’un autre parce que c’est toujours de l’affaire de tous lorsque Dieu choisit l’un de nous pour le bien du corps entier. ‘Heureuse la mère qui t’a porté dans ses entrailles, et qui t’a nourri de son lait! ’ Mais il dit : ‘Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent! ’ [Lc 11, 27-28]  

Marie, notre très sainte mère, est heureuse et bienheureuse parce qu’elle a accompli la volonté de Dieu, elle s’est faite la servante de sa parole sans demander de tout comprendre à la mesure de la pensée humaine. Au contraire de Pierre, elle s’est faite obéissante et n’a pas craint d’être enceinte avant même d’être mariée, elle n’a pas douté de son rôle en accouchant du Roi des rois dans une crèche, elle n’a pas fui devant le mystère de la croix. Elle est vraiment notre mère à tous par son obéissance enthousiaste à la volonté de Dieu. 

Si Pierre arrive à penser que Jean, celui qui voulait jeter le feu sur la ville qui ne voulait pas accueillir Jésus, puisse ne pas goûter la mort, comment ne serait-il pas parvenu à penser en rencontrant Marie, qu’elle ne pouvait mourir? N’était-elle pas déjà morte avec Jésus au moment de sa mort sur la croix, n’avait-elle pas offert sa vie avec lui pour tous? En voyant le visage de Marie briller de la lumière de la résurrection de son Fils, comment la mort pourrait-elle l’étreindre sans disparaître? 

En voyant celle qui a partagé avec Jésus sa vie naissante parmi nous, son adolescence, sa vie de jeune homme, sa passion et sa mort, Pierre ne peut retenir l’Esprit qui chante en lui la victoire de la vie sur la mort. ‘Si je veux qu’elle reste jusqu’à ce que je vienne, est-ce ton affaire? ’ Oui, Seigneur ce n’est pas notre affaire que tu fasses de si grandes merveilles pour nous avec la personne de ton choix, mais c’est tellement pour nous tous que tu fais de si belles affaires et nous ne pouvons que t’en louer et nous en remettre à ta volonté d’amour en gardant le silence pour laisser ta parole germer en nous. 

C’est le disciple à qui Jésus avait confié sa mère en disant qu’elle était maintenant sa mère qui rend témoignage, c’est le disciple que Jésus avait confié à sa mère en lui disant qu’il était maintenant son fils qui témoigne de cela. Il savait que lui-même mourrait, mais en la voyant, il savait qu’elle ne mourrait jamais et qu’elle serait toujours notre mère près de son fils afin d’intercéder pour nous de jour et de nuit. 

NDC