9 août, Mt 16, 13-23 : Jésus brûle d’être tout à tous.

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Évangile :
Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean-Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie.
À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur! Cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Commentaires :
Jésus est dans la région de Césarée de Philippe, une région située dans une vallée où règne une fraicheur constante, en raison de la proximité de l’une des principales sources du Jourdain, au pied du mont Hermon, du côté sud-ouest, à 528 mètres au-dessus du lac de Tibériade.
Que dire sur ce qui se passe dans le cœur de Jésus, ce jour-là dans la vallée avec ses disciples? Il n’est pas là pour y prendre de la fraicheur, lui qui n’a de cesse de parcourir toutes les villes et les villages pour proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume : « Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple. » (Mt 4, 23) Jésus est en état d’urgence, il lui presse de soulager l’humanité de tous ces maux, de lui donner vie, paix, joie dans l’Esprit Saint. Jean Baptiste l’avait bien annoncé ce Jésus qui venait derrière lui avec le feu qui ne s’éteint pas : « Pour moi, je vous baptise avec de l’eau, mais vient le plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » (Lc 3, 16) C’était là, au Jourdain que Jésus était venu à sa rencontre et que Jean Baptiste a vu le ciel s’ouvrir : « Et il advint qu’en ces jours-là Jésus vint de Nazareth de Galilée, et il fut baptisé dans le Jourdain par Jean. Et aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre vers lui, et une voix vint des cieux : “Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur.” (Mc 1, 9-11)
Jésus brûle du désir d’allumer au plus tôt ce feu pour nous réchauffer de son amour, nous déglacer le sang, nous libérer de toutes les froideurs de la mort : “Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli!” (Lc 12, 49-50)
Jésus est à l’étroit dans ce corps de Fils de l’homme qui pour un temps le réduit aux limites de son corps. Il voudrait déjà avoir traversé la mort pour nous et être revenu par la puissance de l’Esprit pour être partout à la fois et se donner à tous et être près de tous, près de tous ceux qui croient en lui et en qui il fait sa demeure.
Jésus est en état d’urgence dans la fraicheur de la vallée près du Jourdain. Il entend couler la source du Jourdain et comme il voudrait que ses disciples prêtent l’oreille à la source d’eau de son cœur : “Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle.” (Jn 4, 13-14)
Jésus est à l’étroit dans ce corps, il brûle du jour où son corps se fera pain de vie pour se multiplier dans tous les temps et se distribuer partout dans le monde, pour unir en lui tous ceux qui communient à son corps et en faire des instruments de son amour pour aller porter la Bonne Nouvelle du Royaume. Jésus désire son Église, ce lieu où il fera jaillir la source du baptême qu’il doit recevoir, où il multipliera sans cesse le Pain de son corps pour se donner en nourriture, où il guérira toutes les maladies…
Il lui tarde de débuter cette construction, la moisson est si abondante, les souffrances à soulager si nombreuses, la mort toujours aussi victorieuse avec son cortège de violence et de haine, de division et de solitude. “À la vue des foules, il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger. Alors il dit à ses disciples : ‘La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson.’ (Mt 9, 36-38)
Le moment est venu de poser la pierre sur laquelle il bâtira son Église, le Maître de la moisson a sonné l’heure dans le cœur de Jésus. Il se tourne vers ses disciples et demande : ‘Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes? ’ Un prophète parmi les autres prophètes de l’ancienne Alliance.
Et Jésus dit : ‘Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? ’ Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : ‘Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! ’
Voilà, la pierre que Jésus attendait avec empressement. Le Fils de l’homme est le Fils du Dieu vivant, Simon le fils de Yonas, a reconnu celui qui vient de Dieu pour nous baptiser dans l’eau et le Feu comme le disait Jean Baptiste. ‘En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu.’ Nicodème lui dit : ‘Comment un homme peut-il naître, étant vieux? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître? ’ Jésus répondit : ‘En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : Il vous fait naître d’en haut.’ (Jn 3, 3-7)
C’est bien d’en haut que Simon reçoit cette révélation, par ‘lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 13)
À ces mots, la joie de Jésus est débordante et il bénit son Père en son cœur : ‘Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.’ (Mt 11, 25-27)
Jésus regarde Simon dans les yeux. Il est déjà moins à l’étroit dans son corps, car la première pierre est là devant lui, il entrevoit son Église où il pourra se donner et faire renaître la multitude des croyants à la vie de l’amour Trinitaire. Les petits le reconnaîtront sur la croix et ils viendront avec Simon se faire pierres vivantes à travers les siècles de cette Église que la mort ne pourra atteindre, car chaque pierre se nourrira du pain du premier-né d’entre les morts.
Qui peut entrevoir l’architecture de cette cathédrale transparente qui tient ensemble tous les êtres passés, présents et futurs par celui qui est l’Éternel présent dans son corps livré pour nous, dans la volonté du Père et par la puissance de l’Esprit? Qui peut l’entrevoir sinon celui à qui le Père, le Maître de la moisson, veut le révéler?
Jésus ne tarde pas à dévoiler à Pierre que cette pierre sur laquelle il bâtit son Église ne peut tenir sans la pierre angulaire, et que cette pierre sera rejetée par les bâtisseurs comme il est écrit : ‘La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. Tout homme qui tombera sur cette pierre sera brisé; celui sur qui elle tombera, elle le pulvérisera! ’ (Lc 20. 17-18)
Simon Pierre ne comprend pas ce mélange, cette défaite qui se fait victoire, cette mort qui devient vie, cette souffrance expiatrice. Il se sent pulvérisé en son cœur après avoir fait de profession de foi. Abraham n’a pas hésité à mener celui qui était la promesse de sa descendance pour l’offrir à l’autel, il n’a pas douté de la puissance de Dieu, ni de son amour. Pierre ne comprend pas que pour comprendre, il doit d’abord croire et s’en remettre à l’amour de Dieu. ‘Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.’ (Jn 3, 14-16)
Cette traversée de la souffrance par Jésus pour le sauver est insupportable pour Pierre. Il se refuse à penser que le Messie puisse souffrir. Jésus est si jeune et plein de santé, comment accepter qu’il doive souffrir de la part des anciens et même être tué.
Pierre ne parvient pas à s’abandonner comme Abraham, le père de la foi, à l’insoutenable. Il résiste à cette pensée, sa douleur est trop grande et il ne peut soulager sa souffrance qu’en faisant de vifs reproches à Jésus.
Jésus le reprendra vivement, car dans sa mort, c’est la multitude qui est en question, autant ceux qui sont déjà morts que ceux qui ne sont pas encore nés. Jésus répondait à l’espérance d’Abraham qu’il descendrait dans la mort sachant que Dieu le ramènerait à la vie. Pierre a une vision bien réductrice de l’Église que Jésus construit.
‘Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.’
Cette fois, c’est le père du mensonge qui te ramène à la chair et au sang pour mieux te garder en esclavage dans la mort et tout ce qui y mène. Dieu est amour et tout ce qu’il fait est Amour, il faut avoir foi en lui même devant la mort. Pierre l’apprendra et c’est lui qui dira, à la suite de la résurrection de Jésus : ‘Chefs du peuple et anciens, puisqu’aujourd’hui nous avons à répondre en justice du bien fait à un infirme et du moyen par lequel il a été guéri, sachez-le bien, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël, c’est par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, celui que vous, vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par son nom et par nul autre que cet homme se présente guéri devant vous. C’est lui la pierre que vous, les bâtisseurs, avez dédaignée, et qui est devenue la pierre d’angle. Car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés.’ (Act 4, 8-12)
NDC