9 juillet, Mt 9, 32-38, Jésus rejeté par les pharisiens

 In Méditer les écritures


Évangile :

« On présenta à Jésus unpossédéqui était muet. Lorsque le démon fut expulsé, le muet se mit à parler. La foule fut dans l’admiration, et elle disait : « Jamais rien de pareil ne s’est vu en Israël! »Mais les pharisiens disaient :  « C’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. »

Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelledu Royaume et guérissant toutemaladie et toute infirmité. Voyant les foules, il eut pitié d’elles, parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux. Priezdonc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Commentaires :

Le temps presse de sortir le monde de l’emprise de tout ce qui mène à la mort. La souffrance est bien installée dans les corps, les âmes, les cœurs, l’esprit. Le temps presse, la mort poursuit ses ravages, elle avale l’enfant comme le vieillard, le sage et le fou, le roi et le pauvre. Le temps presse de briser les jougs qui tiennent l’être humain enfermé dans sa solitude, loin de la communion avec les autres. 

Jésus a suivi le chef de synagogue chez lui pour ramener à la vie sa jeune fille. Un peu de foi en lui ouvre des fenêtres en ce monde pour laisser entrer la lumière de la foi. En chemin, une femme a trouvé sa guérison en touchant la frange de son manteau. « Ta foi t’a sauvée» lui dit Jésus. La nouvelle se répand vite que Jésus soigne et ramène à la vie. 

Deux aveugles ont entendu cette nouvelle, ils désirent voir. Que ne feront-ils pas pour le rencontrer? Ils sont là à la porte de la maison de la jeune fille du chef de la synagogue, ils crient : « Aie pitié de nous, fils de David ! » ( Mt 9, 27) Est-ce que le fils de David peut faire ce qu’ils demandent? Absalom, le fils de David ne poursuivait-il pas son père pour le tuer afin de devenir roi? ( 2 Sam 7.15) « Croyez-vous que je peux faire cela ? » Ils répondirent : « Oui, Seigneur. » Alors il leur toucha les yeux, en disant : « Que tout se fasse pour vous selon votre foi ! » À la question de Jésus sur sa capacité à leur accorder ce qu’ils lui demandent, ils diront : « Oui, Seigneur. », titre réservé à Dieu. Le Fils de Dieu conçu par l’Esprit Saint agit à la mesure de la foi de celui qui lui demande d’intervenir en sa faveur. « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » ( Ro 10, 13) « Là où est la foi, il y a des miracles.» dit Padre Pio. Le miracle n’est pas dans la guérison d’un œil ou de deux yeux, il est dans capacité de voir la réalité que nos yeux ne peuvent voir sans l’Esprit. Ainsi tout devient miracle pour celui qui a la foi. C’est pourquoi Jésus dira à ces deux aveugles retrouvant la vue : « Jésus leur dit sévèrement : « Attention ! que personne ne le sache ! » ( Mt 9, 30) Jésus n’est pas là pour nous enlever notre liberté en nous rendant dépendant de lui. Tout comme l’arbre au jardin avec son fruit interdit donnait à l’être humain sa dignité d’être libre de choisir comment se réaliser pour être pleinement lui-même, ainsi Jésus venait dresser un arbre avec un fruit attirant pour tout être désirant vivre dans l’amour. Il ne vient pas s’imposer par la puissance ou les prodiges, tout comme au jardin de l’origine, il ne s’impose à Adam sans lui laisser sa liberté d’esprit. Comment atteindre la dignité de l’amour sans liberté? Jésus vient pour libérer notre liberté et lui ouvrir les yeux aux véritables attraits : Voici maintenant que ce monde est jugé ; voici maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » ( Jn 12, 31-32) 

Le prince de ce monde va être jeté dehors, il perdra son attrait avec ses royaumes, son pain, ses jeux. C’est Jésus qui vient dans le monde planté l’arbre de la vie, l’arbre où le don de l’amour est à son sommet :« Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » ( Jn 13, 33-35)

Le prince de ce monde est jeté dehors avec son avoir, son pouvoir, sa gloire, sa division pour régner, l’amour, l’unité, le vrai, le beau, le bien reprennent leurs droits, la vie court à nouveau dans les veines, l’obscurité disparaît en silence avec le lever du soleil de justice, la mort se meurt, l’arbre de la croix se dresse, le tombeau s’ouvre. 

Suite au retour à la vue des aveugles, on présente à Jésus un possédé qui était muet. Qui ne devient pas muet lorsqu’il met tout son cœur dans un objet qui passe : « « N’aspirez pas au profit, si vous amassez des richesses, n’y mettez pas votre cœur ». » ( Ps 61, 11)  Jean Paul II dans « Centesimus annus » confirme que le profit signifie la bonne santé de l’entreprise mais le profit n’est pas une fin,, c’est un moyen. Benoît XVI dans son encyclique Caritas in Veritate redonne les règles de discernement de la Doctrine sociale de l’Eglise concernant le profit et il ne jette pas le discrédit sur le profit. Il s’agit de pas mettre tout notre cœur dans ce qui est accessoire et service pour soi et les autres. 

À se laisser contaminer le coeur par l’avoir, on se fait posséder et nous devenons muet pour dire notre amour. « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. » ( Mt 6, 24) Celui qui sert le prince de ce monde attend des miracles, ce sera toujours que pour lui. Jésus ne fait pas de miracles, il demande si nous croyons en l’amour de Dieu pour nous, si nous croyons que Dieu nous aime malgré l’horreur de la croix, de la guerre, des injustices. « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera et nous viendrons en lui et nous y ferons notre demeure.» ( Jn )

Tandis que les uns s’émerveillent devant le retour à la parole du muet et se sentent attirés par Jésus, les pharisiens résistent, tout en croyant croire en Dieu. « Tu crois qu’il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur.» ( Jc, 2, 19) Les pharisiens ne tremblent en rien d’accuser celui qui fait le bien d’être au service de celui qui veut nous posséder. Ils ne veulent pas voir que Jésus libère et rend à chacun sa dignité de contempler son amour. 

« Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »
Ils lui répliquèrent : « Nous sommes les descendants d’Abraham, et nous n’avons jamais été les esclaves de personne. Comment peux-tu dire : ‘Vous deviendrez libres’ ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : tout homme qui commet le péché est esclave du péché.
L’esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours. Donc, si c’est le Fils qui vous rend libres, vous serez vraiment libres.» ( Jn 8, 31-34)

Jésus voit les foules fatiguées d’être esclave de tout ce qui n’est pas amour en vérité, de tous ces cœurs embourbés de préoccupations, de désirs qui éloignent des autres. Ils voient ceux qui devraient être leurs guides plus occupés à chercher leurs profits que celui de tous. 

Qui voudra se laisser déposséder par celui qui libère pour aller vers les autres afin de répandre l’amour en les guidant vers l ‘arbre de vie? 

« La moisson est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Les ouvriers qui mettent tout leur cœur à la moisson, qui mettent tout leur cœur à se consacrer à s’abreuver à l’amour de celui qui nous rend capable d’amour véritable, voilà ce que cherche le maître de la moisson. 

« Émerveillé de toi, Père, nous n’avons pour seule offrande, que l’accueil de ton amour.» chante l’hymne de l’office du matin. Comment croire que nous sommes aimés si nous n’accueillons pas la foi qui nous est donnée par celui qui vient nous l’offrir en mourant pour nous sur la croix. 

NDC