9 mai, Jn 6, 44-51, Le pain de la nouvelle alliance

 In Méditer les écritures


Évangile :

Après avoir multiplié les pains, Jésus disait : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignementsdu Père vient à moi. Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père.

Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moia la vie éternelle.Moi, je suis le pain de vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts; mais ce pain-là, qui descend du ciel : celui qui en mange ne mourra pas.

Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est machair donnée pour que le monde ait la vie.”

Commentaires :

Après avoir multiplié les cinq pains d’orge et les deux poissons du panier d’un jeune enfant pour nourrir une foule de plusieurs milliers de personnes, Jésus n’est-il pas en droit de louer le Père, de nommer son Père qui l’a envoyé et de dévoiler le sens des œuvres que le Père lui donne de faire. N’est-il pas en droit de révéler qu’il a été engendré par l’Esprit de Dieu dans la chair afin de se multiplier comme pain de vie pour nourrir la multitude de ceux qui gisent dans la mort? Un tel prodige dans la réalité visible ne permet-il pas à la raison de ceux qui sont présents d’entrevoir la réalité invisible qui se manifeste par lui? En rien, Jésus ne veut manquer de respect à notre condition humaine, en rien il ne veut forcer son intelligence, ni contraindre sa liberté. Il manifeste ce qu’il est pour donner prise à sa parole dans la réalité de nos cœurs, comme il a pris chair dans le sein de la Vierge Marie par l’action du Saint-Esprit. 

Trouver les mots pour exprimer cette délicatesse de Dieu qui vient sauver notre nature humaine avec tout ce qu’elle comporte, sans prendre égard pour la sienne, sinon de la livrer pour nous, trouver des mots pour exprimer cet amour dépasse toute sagesse humaine. L’amour de Dieu nous échappe, comme cet enfant Dieu dans la mangeoire d’animaux, comme le Fils du Dieu vivant dans l’ostensoir totalement présent en chaque partie de cette petite parcelle de pain pour se donner et pour ne pas nous abandonner dans l’angoisse du néant. Cet amour rempli d’humilité, de douceur reste inaccessible à notre intelligence qui s’agrippe à la pierre du quotidien pour traverser ses journées, sa vie. Notre intelligence s’accroche à la pierre, à l’or ou l’argent pour trouver de l’assurance, elle n’a rien à faire de ce sang qui coule pour la purifier et lui donner des ailes pour demeurer dans la vérité de l’amour.  

“Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.” (Jn 11, 25-27)

Nul ne connaît l’amour du Père, si ce n’est le Fils qui vient s’offrir en rançon pour l’humanité, selon le dessein d’amour du Père, nul ne connaît cet amour sinon le Père et le Fils et ceux à qui le Fils veut bien le révéler. 

Jésus ne s’est-il pas fait connaître à Jean Baptiste dès le sein de sa mère, avant même que la sagesse humaine puisse avoir grandi en lui : “Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. Alors elle poussa un grand cri et dit : ‘Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein! Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur? Car, vois-tu, dès l’instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de qui lui a été dit de la part du Seigneur! ‘(Lc 1, 41-45)

‘Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi, et moi je le ressusciterai au dernier jour.’ 

Notre nature humaine se scandalisera à ces paroles qui attirent l’un et repousse l’autre. Où est la justice en cela? Dieu le Père attire à lui ceux qu’il offrira en sacrifice avec son Fils pour être pain pour tous les autres. Jean reconnaîtra Jésus à son âge adulte, et sa tête roulera dans la poussière et sera déposée dans un plat pour la satisfaction d’Hérodiade. La justice est dans la foi en celui qui nous justifie en mourant sur la croix pour nous : « et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi.» (Jn 12, 32) Voici l’agneau de Dieu, l’agneau immolé, le pain vivant descendu du ciel dans notre chair pour nous faire monter avec lui dans le sein du Père. Qui peut se scandaliser et crier à l’injustice, car tous sont appelés à contempler la croix et à y voir l’amour ou la mort? 

‘Bien qu’il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, afin que s’accomplît la parole dite par Isaïe le prophète : Seigneur, qui a cru à notre parole? et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé? ’ (Jn 12, 37-38) Qui a cru sinon les petits et les humbles, car qui d’autres peut reconnaître un Dieu qui se fait si petit que les petits pour se donner en nourriture de vie éternelle. « Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides » (Lc 1, 52-53) L’humble Marie chante le renversement que produit en ce monde la naissance du Fils de Dieu. Les potentats seront aveugles, ils couperont les têtes des Jean Baptiste, Dieu les élèvera, car il descendra dans la mort pour rendre justice à l’amour dans l’amour. L’enfant qui souffre aux mains du bourreau en ce monde recevra tout l’amour dont il a droit et la vie éternelle. Jésus est venu en payer le prix et se donner en rançon pour instaurer ce monde nouveau. Dieu connaît tous les enfants et aucun ne sera oublié, du commencement du monde à sa fin, aucun. En le prenant dans ses bras, le Père rappellera à chaque enfant toutes ses prières et combien il lui tardait de lui répondre et d’essuyer toutes larmes de ses yeux. 

Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est machair donnée pour que le monde ait la vie.’ 

Dieu n’a pas besoin de moi pour défendre son amour et pour dire à chacun qu’il entend et garde en son cœur le moindre soupir de chacun, le moindre cheveu qui tombe et qu’il vient mettre fin à toutes ses larmes, à toutes les morts, à toutes les méchancetés. 

Ne tournez pas le regard devant l’ostensoir, regardez le Pain vivant qui est descendu du ciel pour donner sa vie éternelle. Ne tournez pas le regard devant la petitesse de Dieu, voyez au contraire sa grandeur pour se rendre ainsi accessible à nos mains, à nos bouches pour nous faire lui en se transformant en nous. 

NDC