9 oct, Lc 10, 25-37 : Le prochain inattendu

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Évangile :
Pour mettre Jésus à l’épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question : « Maitre, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit? Que lis-tu? » L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout de ton esprit et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie. » Mais l’autre voulant montrer qu’il était un homme juste, dit à Jésus : « Et qui donc est mon prochain? »
Jésus reprit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits; ceux-ci, après l’avoir dépouillé, roué de coups, s’en allèrent en le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit; il le vit et passa de l’autre côté.
“Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui; il le vit et fut saisi de pitié. Il s’approcha, pansa ses plaies en y versant de l’huile et du vin; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant :
‘Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits? ’ Le docteur de la Loi répond : ‘Celui qui a fait preuve de bonté envers lui.’ Jésus lui dit : ‘Va, et toi aussi, fais de même.’
Commentaires :
L’enthousiasme des disciples qui suivent Jésus est toujours plus débordant. En son nom, ils guérissent les malades, chassent les esprits mauvais. Ils vont de villes en ville pour préparer sa venue, de synagogue en synagogue. Les docteurs de la loi craignent cette influence croissante de Jésus sur le peuple. Ils sont convaincus qu’ils n’auront pas de difficultés à prendre au piège un prédicateur-charpentier provenant d’un petit village perdu de quelques habitants. Il a beau jouer le sage, ce ne sont que des ignorants qui l’entourent! Les docteurs de la loi sont convaincus qu’ils arriveront à montrer rapidement les limites de la prétendue sagesse de Jésus.
Un docteur de la loi s’approche donc avec assurance pour l’éprouver. Il a déjà sa question toute faite avec la réponse. Il serait étonnant selon lui que Jésus arrive à passer son test.
‘Maitre, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle? ’ Le docteur est tellement fier de sa question que la réponse se meurt sur le bout de sa langue. Jésus, sans répondre, interroge le docteur sur sa propre question. : ‘Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit? Que lis-tu? ’
Le docteur de la loi ne tarde pas à fournir la réponse qu’il attendait : ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout de ton esprit et ton prochain comme toi-même.’ Voilà que celui qui voulait mettre Jésus à l’épreuve est celui qui passe le test et Jésus lui tape dans le dos, en lui disant qu’il avait bien répondu.
Jésus lui dit : ‘Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie.’ Confondu, le docteur de la loi se gonfle. Ses phylactères dansent au vent. Son esprit pourtant est toujours demeuré dans l’interrogation sur qui pouvait bien être le prochain. Il n’osera dire son ignorance à ce sujet, mais il posera la question tout en feignant la savoir : ‘Et qui donc est mon prochain? ’ La loi précède-t-elle le prochain? Pouvons-nous guérir un malade le jour du sabbat? Doit-on faire bon accueil aux pécheurs? Le docteur de la loi est tourmenté à ce sujet.
Jésus le regardera dans les yeux pour qu’il écoute bien et qu’il s’imagine clairement les personnages du récit qu’il s’apprête à lui raconter. Qui donc est mon prochain?
Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Le docteur étonné a l’impression que cet homme qui descend de Jérusalem, c’est lui. N’est-ce pas ce chemin qu’il a emprunté voilà quelque temps? L’intérêt du docteur est à son comble. Cet homme tomba sur des bandits. C’est bien ce qui lui est arrivé. Ils l’ont bien roué de coups en le laissant à moitié mort. Il se souvient bien, le docteur, de cette journée horrible. Il se souvient de sa peur de mourir, de ses gémissements. Il y a bien un lévite qui est arrivé, il l’a vu, il a tenté de crier pour lui demander du secours. Il en était incapable. Il a bien vu le lévite, ce serviteur du temple, passer de l’autre côté du chemin pour l’ignorer. Le prêtre aussi, il l’a vu. Il n’osait se l’avouer et la douleur lui revient à la gorge. Un prêtre, un serviteur de la loi a aussi passé son chemin. La Torah interdit bien de toucher un mort, mais je n’étais pas mort. Ne sont-ils pas passés de l’autre côté pour ne pas m’entendre? se dit-il en lui-même.
Jésus de poursuivre. Un samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui; il le vit et fut saisi de pitié. Quelle horreur d’entendre cela pour le docteur de la loi! Un samaritain, un fils des profanateurs du temple de Jérusalem, une personne interdite de venir dans le lieu saint. Pourtant, c’est bien vrai. Le samaritain est passé par-dessus son hostilité envers les Juifs. Il s’est arrêté. La gorge du docteur se noue. Les images défilent dans sa tête. La bonté du samaritain a été si généreuse à son endroit qu’il ne peut plus les voir comme autrefois. Il espère secrètement un rapprochement, il n’ose se l’avouer. Il se souvient bien du réconfort qu’il a ressenti. La douceur de l’huile et du vin sur ses plaies, la fraicheur du pansement. Il se souvenait bien de son retour à la vie, du paysage qui reprenait ses couleurs, du visage de cet homme. À son grand étonnement, le samaritain a fait encore plus et toujours plus, il a fait comme s’il le faisait pour lui-même. Il l’a pris sur sa monture, l’a conduit à l’auberge, il a défrayé les couts et pris sur lui tout le surplus sans rien lui demander.
Le docteur de la loi est bien empêtré dans ses lois, il ne sait plus très bien. Il aurait bien aimé oublier cette histoire.
Jésus le regarde bien dans les yeux et lui demande : ‘Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits? ’
Le docteur de la loi a les yeux pleins d’eau. Il tente de retenir les larmes, de les essuyer furtivement. Il évite le regard de Jésus et il lui répond : ‘Celui qui a fait preuve de bonté envers lui.’
Jésus lui dit : ‘Va, et toi aussi, fais de même.’ Le docteur de la loi entend bien ce que cela veut dire. Va et fais comme ce samaritain, soigne le pauvre, sourit au lépreux, ne t’éloigne pas du pécheur, ne ferme pas ton cœur. ‘Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Mt 12, 8)
En quittant Jésus, le docteur de la loi se remémorait le psaume : ‘Yahvé, tu me sondes et me connais; que je me lève ou m’assoie, tu le sais, tu perces de loin mes pensées; que je marche ou me couche, tu le sens, mes chemins te sont tous familiers. La parole n’est pas encore sur ma langue, et voici, Yahvé, tu la sais tout entière; derrière et devant tu m’enserres, tu as mis sur moi ta main. Merveille de science qui me dépasse, hauteur où je ne puis atteindre. Où irai-je loin de ton esprit, où fuirai-je loin de ta face? Si j’escalade les cieux, tu es là, qu’au shéol je me couche, te voici. Je prends les ailes de l’aurore, je me loge au plus loin de la mer, même là, ta main me conduit, ta droite me saisit.’ (Ps 139, 1-10)
Dieu aussi est toujours là sur le chemin avec le samaritain pour venir à notre secours.
NDC