9 sept, Lc 6, 1-5 : Le blé froissé et le pain de l’offrande

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Évangile :

Un jour de sabbat, Jésus traversait des champs de blé; ses disciples arrachaient et mangeaient des épis, après les avoir froissés dans leurs mains. Des pharisiens lui dirent : « Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat? »

Jésus leur répondit : « N’avez-vous pas lu ce que fit David un jour qu’il eut faim, lui et ses compagnons? Il entra dans la maison de Dieu, prit les pains de l’offrande, en mangea, et en donna à ses compagnons, alors que les prêtres seuls ont la permission d’en manger. »

Jésus leur disait encore : « Le Fils de l’homme est maître du sabbat. »

Commentaires :

Un jour de sabbat, ce jour où les mamans se rendant à la synagogue avec leurs enfants en bas âge doivent les laisser marcher, car il est interdit de les porter. Il est permis de marcher 613 pas en ce jour, nombre qui correspond aux prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Si vous circulez, un jour de sabbat, dans un quartier de la communauté hassidim à Montréal, on pourrait vous demander de venir fermer un interrupteur, un rond de poêle, car il est interdit aux pratiquants de faire ces actions en ce jour. Le demandeur vous interpellera avec une grande économie de mots, car il est interdit de parler à un « goïm » en ce jour. Le « goïm » est un païen, un non-converti, un étranger au culte. Goï, goy, goye, goyim sont synonymes de goïm.

Les prescriptions sont nombreuses. Le but est de garder pur le pratiquant en lui dictant la conduite morale et religieuse qui lui assure cette pureté. Les prescriptions orienteront la conduite, tant dans la nourriture, le vêtement, la relation avec les autres, ainsi de suite.

Le Talmud enseigne qu’il y a 613 commandements dans la Torah; 248 Commandements Positifs (« fais ») et 365 Commandements Négatifs (« ne fais pas »). Le Talmud est le versant oral de la Torah. Toutefois, le Talmud ne donne pas la liste de ces commandements. Le document compile les discussions rabbiniques sur l’ensemble des sujets de la Loi juive. Les grandes autorités de la tradition hébraïque s’entendent sur la grande majorité des commandements, ils sont en désaccord sur un petit nombre d’entre eux.

Actuellement, le nombre total de Juifs est difficile à estimer, disons entre 13 et 17 millions. Ils sont 0.2 % de la population mondiale approximativement. De ce nombre, les orthodoxes rigoureux ou sépharades sont entre 4 et 6 %. En Amérique du Nord, ils sont les plus nombreux, soit 7 millions et en Israël 4 millions.

Au temps de Jésus, il n’y a pas uniformité dans la pratique. Les fidèles se divisent en un certain nombre de courants de pensée. Tous les Juifs n’appartiennent pas à un groupe, une « philosophie » pour reprendre le terme de Flavius Joseph, historien romain du 1er siècle. Les pharisiens, qui s’adressent à Jésus ce jour-là, sont une élite intellectuelle qui, au centre de leur vie spirituelle, font l’étude de la Loi de Moïse, écrite (la Torah) et orale (celle-ci ne sera fixée par écrit dans le Talmud qu’à partir du IIe siècle). Ils veulent obéir parfaitement à la loi de Moïse et ainsi se convaincre de faire ce que Dieu veut et de pouvoir recevoir bénédiction de sa part sur leurs projets. Pour ainsi se conformer à la loi de Moïse, ils suivaient à la lettre la tradition des ancêtres dans le moindre détail. Cette manière de vivre la loi élargissait la pratique au-delà du temple. Les règles de pureté s’étendaient sur le monde profane, le Temple n’était plus le centre de la sainteté, le quotidien invitait à la proximité avec Dieu. Cette conception de la Loi plaisait à une grande partie de la population, car cette voie décentralisante favorisait la croissance d’un réseau de synagogues, de maisons communes dans plusieurs villes et villages. Les pharisiens sont donc présents partout jusqu’en Galilée. Jésus se rend souvent pour enseigner dans les synagogues, ce qui fait des pharisiens le groupe dont il est le plus près. Le pharisaïsme est à l’origine du rabbinisme, nom que plusieurs attribueront à Jésus. Paul, l’apôtre des païens, des goïms, était un pharisien. Avant d’être apôtre de Jésus, il persécutait avec acharnement l’Église naissante. Le pharisien était un individu hostile, raide, intransigeant, non par tempérament, mais par formation. Il apprenait la crainte de perdre sa spécificité, entouré qu’il était de toutes les autres cultures. Il voulait faire de son peuple, une nation vraiment distincte, terme que nous connaissons bien au Québec encerclé par la culture anglaise. Le souci des pharisiens n’a rien de politique, il est de l’ordre la liberté de culte. L’occupation étrangère, ils font avec, mais ils sont intraitables sur la liberté de culte. Pour protéger leurs traditions, ils veillent avec attention aux moindres infiltrations du paganisme dans leurs pratiques. Certains de nos indépendantistes pourraient être comparés aux pharisiens. Le peuple juif était en petit nombre, il devait donc veiller à conserver ses particularités religieuses pour se préserver. Pour cela, le réseau de synagogues assurait la perpétuité du culte qu’importe l’envahisseur ou l’état du temple.

Jésus était menaçant pour eux, ils le surveillaient de près. Un jour de sabbat, ils le voient traverser les champs de blé, ses disciples arrachent et froissent les épis dans leurs mains pour les manger. Ils étaient choqués de cette attitude, autant qu’un québécois servi en anglais dans sa ville. Loin de moi, l’idée de faire du québécois soucieux de protéger sa langue, un pharisien pointilleux qui « filtre les moucherons et laisse passer les chameaux. » (Mt 23, 24) Jésus n’observait pas la loi à la lettre, il ne protégeait pas le culte, il ne suivant pas la tradition des anciens, il participait à la perte de l’identité juive.

« Pourquoi faites-vous ce qui n’est pas permis le jour du sabbat? » Ils voient que Jésus et ses disciples ne font pas le comment de la Loi, alors ils demandent pourquoi, ils agissent ainsi. Pourquoi, faites-vous le jeu des païens?

Jésus dans sa sagesse infinie, les conduira à comprendre qu’il est d’une certaine manière leur allié, en décentralisant l’autorité de la loi. « N’avez-vous pas lu ce que fit David un jour qu’il eut faim, lui et ses compagnons? Il entra dans la maison de Dieu, prit les pains de l’offrande, en mangea, et en donna à ses compagnons, alors que les prêtres seuls ont la permission d’en manger. » Dieu est tout en tous et pour Dieu, « le sabbat est pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Mt 12,8) Il a donné sa loi à Moïse, non pour réduire son amour à un petit nombre, mais pour que ce petit nombre le répande à tous par lui, en son temps. Ce n’est pas les seuls prêtres qui ont le droit de manger le pain de la vie éternelle, ce n’est pas les seuls pharisiens qui ont droit au salut de la vie par le don de Dieu.

Jésus ouvre grandes les portes de la vie éternelle, il déchirera le rideau du temple en deux, il inscrira la loi dans le cœur de chair.

Pourquoi faites-vous cela pharisien? Pourquoi vous en prendre à celui qui est plus grand que Moïse, que le Temple, que la loi : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la loi et les Prophètes, je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » (Mt 5,17)

Ils ne comprennent pas, comme Paul ne comprend pas et qu’il assistera muet à la lapidation d’Étienne. Ils ne comprennent pas comme Pierre qui saisira que le salut est pour tous qu’à la suite de son extase sur la terrasse : « Je constate en vérité que Dieu ne fait pas acception des personnes, mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable. Il a envoyé sa parole aux Israélites, leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, c’est lui le Seigneur de tous. » (Act 10, 34-36)

Le Fils de l’homme est maître du sabbat puisqu’il vient se livrer pour l’humanité afin d’élever chacun au rang de fils adoptif de Dieu.

Et Pierre de dire aux 2 milliards et plus de chrétiens d’aujourd’hui :

« Maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple; par sa chair crucifiée, il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine, en supprimant les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Il voulait ainsi rassembler les uns et les autres en faisant la paix, et créer en lui un seul Homme nouveau. Les uns comme les autres, réunis en un seul corps, Il voulait les réconcilier avec Dieu par la croix : en sa personne, il a tué la haine. (Ep 2, 13-16)

NDC